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Bêtes de boucherie: l’Europe doit-elle interdire les transports longue distance?

23/7/11
2 commentaires


Assoiffés, écrasés, estropiés, agonisants, tel est l’état des bœufs et moutons en provenance de l’Union européenne lors de leur passage à la frontière turque.


transport de moutons

Ces images sont insoutenables: des bœufs entassés agonisant dans leurs excréments, un mouton, les pattes coincées et brisées par la porte basculante d’un camion. Des moutons, encore, qui n’ont pas assez de place pour se tenir debout et dans une chaleur d’enfer. Toutes ces photos ont été prises par des organisations de défense des animaux qui ont mené l’enquête à la frontière bulgaro-turque, à Kapikule. Là où les bêtes de boucherie en provenance de l’Union européenne doivent passer avant d’être acheminées vers les abattoirs turcs.

Pas d’amélioration

«C’est la troisième fois que nous nous rendons sur place. Mais rien n’a changé. Notre dernière intervention s’est déroulée entre le 6 et le 11 juillet dernier», confie Iris Baumgärtener, cheffe de projet du Tierschutzbund-Zürich, qui a participé à l’opération. «Nous mettons nos photos et des vidéos aujourd’hui sur notre 
site à disposition de tous ceux qui sont intéressés par les résultats de notre opération.» Avec l’activiste zurichoise, six autres militants d’Animal Welfare Foundation (D), d’Eyes on Animals (NL) et de Compassion in the World Farming (GB) ont stationné à la frontière et dans le no man’s land qui sépare la Bulgarie de la Turquie. Leur rapport est accablant. «Des bêtes en provenance de la Hongrie ou des pays baltes ont déjà 2000 km derrière elles quand elles traversent la frontière. Elles arrivent dans un état pitoyable, certaines d’entre elles doivent encore parcourir plus de 1500 km avant d’arriver à destination.»

Mais le pire, à la frontière, se produit quand le chargement n’est pas conforme à la législation turque. «Il arrive que des transporteurs tentent de faire passer des brebis alors que la Turquie n’importe que des béliers. Dans ce cas, toute la cargaison est déchargée dans le no man’s land avant d’être rechargée et contrôlée. Mais les ovins ne vont pas recevoir d’eau pour autant. Et ce n’est pas tout, il faut encore établir de nouveaux papiers de douane. Dans certains cas, cela peut prendre une semaine.»

Des températures jusqu’à 58,7 degrés!

Conséquence pour les bêtes: elles restent enfermées pendant tout ce temps dans les camions. Le soleil de juillet au sud de l’Europe est implacable. «Au quatrième étage d’une bétaillère qui transportait des moutons, nous avons mesuré des températures allant jusqu’à 58,7 degrés.» Après 2000 km et une telle attente, même les abreuvoirs en état de fonctionnement sont badigeonnés d’excréments. Seules les bêtes suffisamment fortes réussissent à se frayer un passage jusqu’à l’eau. Les autres poursuivent leur lente agonie. «De plus, les excréments, la paille et la chaleur provoquent de forts dégagements d’ammoniac qui rendent la respiration des animaux particulièrement difficile.»

Il y a bien un service vétérinaire turc qui a accès au no man’s land, mais son rôle consiste uniquement à vérifier les papiers et le chargement. «Les chauffeurs qui veulent leur donner de l’eau ou de la nourriture doivent les acheter eux-mêmes. Tous ne le font pas par souci d’économie.»

Les bovidés ne sont pas à meilleure enseigne que les ovins et souffrent aussi du manque de flexibilité des fonctionnaires. «Pour les Turcs, les bœufs de boucherie doivent peser au minimum 400 kg pièce. Lors d’un transport de 37 bêtes, seule l’une d’entre elles pesait 2 kg de moins. Les modifications apportées au document de route ont duré trois jours.»

Mais les organisations de défense des animaux refusent d’accuser unilatéralement la Turquie. «Les responsabilités sont dans les deux camps. D’un côté, il y a des transporteurs malhonnêtes de l’Union européenne qui tentent de frauder pour gagner plus; de l’autre, il y a une administration turque qui ne se préoccupe guère de la santé des animaux.»

Selon les activistes, près de 90% des transports d’animaux en provenance de pays européens ne sont pas conformes à la réglementation de l’UE. Bien sûr, tous les camions ne sont pas surchargés, l’eau et la nourriture ne font pas défaut. Mais un abreuvoir mal adapté peut provoquer des désastres si le temps d’attente s’allonge à la frontière.

La solution? «Il suffirait d’interdire les transports d’animaux vivants sur de longues distances. Les bêtes de boucherie seraient abattues près de leur lieu d’élevage, comme en Allemagne, où elles peuvent l’être selon le rite halal pour être conformes à l’islam. Il suffirait alors de transporter la viande froide par camion frigorifique.»



Source : Le Matin

Jeudi 21 Juillet 2011

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Commentaires :

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  • Cachou dit :
    17/8/2016 à 20h 09min

    Quel horreur , les humains sont des monstres

  • coco dit :
    17/8/2016 à 9h 52min

    Cela me rend malade de voir de telles souffrances à une époque où l'on se dit civilisés!Qui va enfin oser prendre la défense de ces pauvres animaux?

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